Ma démarche découle du choix de me confronter à l'essence de la vie, de me confronter à ses hasards, à ses incertitudes, pour, finalement, la laisser être un acteur à part entière dans ma démarche. Concrètement ma démarche se construit sur des choix que je fais qui sont ensuite retravaillés par les hasards de ma vie.
A 20 ans j'ai donc fait le choix de la création, et j'ai simultanément prit un espace atelier pour ma peinture et créé deux petits bouts de femmes. Mettre au monde - ma transformation physique et psychique de femme-enfant à femme-mère - a été pour moi une expérience qui a prit la dimension d'une initiation. Les thèmes qui entourent cet événement habitent depuis ma peinture: la fécondité humide des femmes, le poids des choses, la douce amertume de la vie, la fertilité des graines, les récipients qui – telles les femmes – portent et se vident.
A la base de mon travail il y a l'origine, l'origine des choses et des gens, il y a la graine – symbolisée par le cercle – et son potentiel de transformation.
Il s'agit donc d'une tentative de me définir, en tant que femme parmi les femmes. Pour cela je puise dans mon histoire et, en en élargissant le spectre, vous en raconte les histoires. Dans mes histoires les statuts s'inversent et se multiplient: je suis tout à la fois ma mère, ma soeur et ma fille. Toutes ces femmes questionnent leur mémoire collective. Elles sont là, debout, cherchant à se souvenir pour pouvoir s'oublier, enfin entières. Et moi, je suis avec elles.
Ainsi mon travail se nourrit de la matière qui m'entoure au quotidien: les objets que mes mains rencontrent jours après jours, ces gestes qu'on répète inlassablement, le rapport à l'autre qui est un enfant, le familier. Les histoires qu'on se raconte afin de continuer à vivre. Et les frontières entre les choses et les êtres s'estompent, je suis un enfant, ma tasse me parle et quand je me baisse et m'accroupis sur mes talons mon corps me raconte une histoire. C'est ainsi que je peins, à l'écoute de ce qui se raconte autour de moi et en moi.
Sarah VaseyDes femmes, des bols, de la pluie qui tombe sur des parapluies corolles: les dix-huit toiles de l'artiste disent toutes son interrogation sur le rôle de la femme, justement. Femme originelle, femme-enfant, portrait de la mère, elles sont le fruit d'un questionnement du peintre. Et lorsqu'on apprend qu'elle a 28 ans et deux filles, cette maturité stupéfie.
D'ailleurs les dessins de ses enfants l'inspirent. Les visages sont stylisés, un peu à la manière de l'expression enfantine mais l'émotion qui s'en dégage est forte. Les couleurs sont brutes, vivantes. Sarah Vasey mêle la craie, l'acrylique, et le marouflage. Le bol est un thème récurrent. Il est une structure de base en céramique. Réceptacle de la graine, il est porteur de vie. « J'ai été un bol en portant mes enfants » souligne-t-elle.
Sarah Vasey est à l'évidence une artiste à suivre de très près.
Eliane Hindi, journaliste
